Dans un message injurieux, le président américain a réitéré, dimanche, sa volonté de frapper les infrastructures vitales iraniennes. Mais il a aussi repoussé de vingt-quatre heures son ultimatum, le fixant mardi à 20 heures, heure de Washington.
A ses régulières menaces d’attaques sur les infrastructures iraniennes, Donald Trump a ajouté, dimanche 5 avril, les insultes à l’adresse des dirigeants de la République islamique, qui bloquent le détroit d’Ormuz par lequel transite habituellement un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.
« Ouvrez le Putain de Détroit, espèce de tarés, ou vous vivrez en Enfer – VOUS ALLEZ VOIR ! », a écrit le président américain sur sa plateforme Truth social, ajoutant : « Gloire à Allah. »
Dans son message, il a réitéré sa volonté de s’en prendre aux centrales énergétiques et aux ponts iraniens. Samedi, il avait lancé un ultimatum, jusqu’à lundi, 20 heures à Washington (2 heures du matin, mardi, à Paris), « avant de déchaîner les enfers ». Dimanche, dans un autre message isolé et sibyllin, il a semblé le repousser de vingt-quatre heures, le fixant désormais à « mardi, 20 heures ».
Parallèlement, le président américain a estimé, auprès de Fox News, qu’il existait de « bonnes chances » de parvenir à un accord avec l’Iran. Sans exclure non plus l’envoi de troupes au sol.
De son côté, le porte-parole du commandement militaire iranien a promis, lundi, des représailles « encore beaucoup plus dévastatrices » en cas de nouvelles attaques américano-israéliennes contre des infrastructures civiles.
Une rhétorique critiquée
La rhétorique outrancière de Donald Trump sur l’Iran s’est attiré de nombreuses critiques venant d’élus américains. « Le président des Etats-Unis déblatère comme un détraqué sur les réseaux sociaux », a asséné, sur X, le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer. Le sénateur démocrate Chris Murphy, pour qui l’attitude de M. Trump est « complètement et totalement démente », évoque, lui, le 25e amendement qui prévoit un transfert du pouvoir si le président se trouve en incapacité de gouverner, notamment en cas de maladie.
En Iran, le président du Parlement national a répondu à M. Trump sur le même ton. « Toute notre région va brûler parce que vous insistez pour suivre les ordres de [Benyamin] Nétanyahou », le premier ministre israélien, a affirmé Mohammad Bagher Ghalibaf. Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a, lui, appelé les Etats-Unis à « abandonner le langage des ultimatums » pour faciliter un « retour aux négociations ».
Le pape Léon XIV a, lui, prié « ceux qui ont le pouvoir de déclencher les guerres » à « choisir la paix », lors de la traditionnelle bénédiction urbi et orbi du jour de Pâques, sans citer aucun pays ni région en crise dans le monde. Ces derniers jours, le pape, natif de Chicago, avait multiplié les appels diplomatiques, allant jusqu’à interpeller Donald Trump, qu’il a invité à « chercher une porte de sortie » au conflit.
Sauvetage des deux aviateurs en Iran
Par ailleurs, deux jours après que l’Iran a annoncé avoir abattu un chasseur bombardier F-15E américain, l’aviateur recherché a été secouru par les forces de Washington au terme d’une opération de sauvetage, lancée dans la nuit de samedi à dimanche, qui a mobilisé « des dizaines d’appareils », selon Donald Trump.
D’après le site d’informations Axios, citant un responsable américain, l’aviateur a réussi à échapper à une capture dans les montagnes iraniennes pendant plus d’une journée, en gravissant une crête de 2 100 mètres. Il est « gravement blessé », a précisé le président américain qui a prévu de donner, lundi, une conférence de presse à propos de ce sauvetage.
Les forces armées iraniennes ont, elles, affirmé avoir « déjoué » l’opération et abattu des appareils américains, sans démentir le sauvetage de l’aviateur. Son coéquipier, le pilote de l’appareil, avait, lui, été exfiltré peu après le crash lors d’une opération en plein jour des forces spéciales américaines dans une province accidentée du sud-ouest de l’Iran.
Parallèlement, dans le nord-ouest du pays, des frappes ont tué cinq gardiens de la révolution, l’armée idéologique de la République islamique, selon un média iranien.
Internet coupé depuis trente-sept jours
Dans ce contexte tendu, les efforts diplomatiques se poursuivent. Oman, situé face à l’Iran dans le détroit d’Ormuz, a discuté avec Téhéran de sa réouverture, tandis que le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghtchi, s’est entretenu par téléphone avec ses homologues pakistanais et égyptien, qui jouent un rôle de médiateur.
Alors que la quasi-paralysie du détroit fait flamber les cours du pétrole, la Russie, l’Arabie saoudite et six autres membres de l’OPEP + ont annoncé une nouvelle hausse de leurs quotas de production à partir de mai. Mais ils ont prévenu que la remise en état des installations énergétiques endommagées par les récentes attaques serait longue et « coûteuse ».
La population iranienne reste, elle, isolée du monde : selon l’ONG Netblocks, la coupure d’Internet, imposée par les autorités dans le pays, a battu les records de durée à l’échelle d’un pays, à trente-sept jours.

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